Droits de l’homme Interview exclusive de Mme Léonardine Rita Wilson de Souza

« ASVITO gagnerait à ne pas se dire que je dois obligatoirement être contre le gouvernement »

Publié le jeudi 22 novembre 2012, par

Le Togo devant le Comité des Nations Unies contre la torture, c’était les 12 et 13 novembre dernier à Genève en Suisse. Ce fut une occasion pour le Togo de défendre son document de plus de 672 pages sur cet acte condamnable qu’est la torture et les efforts des gouvernants à l’éradiquer complètement au Togo et à le faire passer sous le sceau des crimes imprescriptibles et punissables par nos textes. Dans cette interview coréalisée par la rédaction de Telegramme228, Forum de la Semaine et la radio Nana fm, la ministre en charge des Droits de l’Homme du Togo, Mme Léonardine Rita Wilson de Souza, fait le point sur le passage du Togo devant ce comité, sa réaction par rapport au contenu du document présenté, les recommandations faites, les efforts qu’il reste à mener. De même, elle ouvre la brèche sur le nouveau projet mis en chantier depuis lundi dernier par son ministère, celui de former des facilitateurs nationaux qui auront à agir dans nos sociétés pour désamorcer la bombe des situations conflictuelles. Dans les lignes qui suivent, découvrez le contenu intégral de cet entretien.

Madame la ministre bonjour !

Bonjour

Vous étiez à Genève. Dites-nous de quoi il était question ?

D’accord merci beaucoup. A Genève, c’était une invitation du comité contre la torture pour que le Togo aille présenter son deuxième rapport périodique contre la torture, parce que le Togo a ratifié la convention contre la torture. Et quand c’est comme cela, il y a des obligations, des périodicités d’envoi de rapport et le fait d’aller présenter ce rapport. Voilà, c’était dans ce cadre que nous sommes allés à Genève.

Quels étaient les sujets abordés au cours de cette rencontre ?

Comme le titre le dit, c’est bien sûr contre la torture ; c’est-à-dire sur la base de la convention ratifiée par le Togo. C’est la prévention de la torture, la lutte contre la torture, et tout traitement inhumain et dégradant. Dans ce cadre là, nous sommes allés présenter ce rapport, en insistant bien sûr sur les acquis, les efforts que le Togo a réalisés dans cette matière là, pour éviter et pour aider à prévenir la torture. Et aussi les points ou les éléments bloquants et là aussi, nous avons fait ressortir le fait que l’ancien code pénal, qui est toutefois en cours, ne criminalise pas la torture. Et justement, à cause de cela, il y a eu des démarches pour actualiser ce code là. Et nous étions arrivés à son adoption au conseil des ministres et il est en cours de transmission à l’assemblée nationale pour son adoption proprement dite.

Mais, comme on n’est pas encore arrivé au bout, actuellement, c’est un avant projet et également, il y a un avant projet de code de procédures pénales qui doit aider la mise en œuvre du code pénal. Il y a aussi d’autres textes qui sont prêts et qui sont au secrétariat général du gouvernement, notamment l’aide juridictionnelle, c’est-à-dire comment aider les couches défavorisées à avoir accès à un jugement digne de ce nom. Bref, le Togo a dans la cagnotte, beaucoup de textes qui à terme, vont être à l’Assemblée nationale.

Quelle appréciation faites-vous de la lutte contre la torture ?

Là, c’est le comité contre la torture qui a fouillé et il a vu les avancées et a d’abord apprécié la franchise de la délégation togolaise : où est ce qu’on est arrivé, ce qui reste à faire. Donc, il a apprécié cela et le fait que, le Togo ait été représenté à un haut niveau qui démontre la volonté politique. Nous étions trois ministres. Il se disait que si le Togo n’avait pas donné aussi d’importance à ce rapport, il n’allait pas envoyer jusqu’à trois ministres, des techniciens et des ambassadeurs. Aussi nous ont-ils donné des conseils de faire vite pour que la transmission des textes à l’assemblée puisse être faite. Ceci dit, quand quelqu’un irait dans le sens de la torture, là on pourra dire que telle personne a été coupable de torture. Et dans le nouveau code, il y a beaucoup de choses pour éviter qu’il y ait conflits d’intérêts, que certaines aient de mauvaises influences sur d’autres.

Qu’en est-il de l’ASVITO qui était aussi à la rencontre ?

ASVITO, c’est bien l’association des victimes de la torture au Togo. Elle a été écoutée en dehors des deux séances officielles. Donc, elle a rencontré le comité contre la torture ; mais de toutes les manières, avant qu’on ne parte, nous collaborons, c’est-à-dire en matière des droits de l’homme, nous veillons à ce qui se fait et un accompagnement du côté du ministère de la Justice est fourni. En fait pour ASVITO, je peux dire tout simplement que ses réclamations, étant donné que l’ancien code n’est pas actualisé, on ne peut pas juger quelqu’un pour une affaire de torture. Le gouvernement, préoccupé par la paix sociale, a fait des démarches pour les consulter et même les dédommager. Au niveau du gouvernement, on s’est dit qu’il fallait les dédommager à 100%, bien que, on ne peut pas dire que telle personne a torturé et la juger pour cela, parce qu’il y a vide dans le code actuel. Néanmoins, le gouvernement a procédé à la réparation à 100%. Le gouvernement pourrait prétendre que d’autant plus qu’il n’y a pas encore criminalisation, alors pas de dédommagement ; mais, au nom de la paix sociale, ils ont été dédommagés jusqu’à 100%. Malgré cela, il y a des gens d’ASVITO qui polémiquent toujours.

D’autant plus qu’il n’y a pas criminalisation, en faisant cela, ils risquent même de ne rien avoir. Psychologiquement, je sais qu’il y a eu des dommages, et à Genève on a échangé et le gouvernement a présenté des excuses à ceux qui sont meurtris. Cependant, il serait mieux qu’on s’asseye autour d’une table et qu’on échange. Il vaut mieux venir collaborer et être complémentaire et penser aussi au devenir de son pays ainsi que des personnes mêmes. Ce n’est pas toujours en se rentrant dedans, en étant ennemis qu’on avance. Là on a échangé devant tout le monde, même devant les membres du comité contre la torture et les membres des organisations de la société civile ; en fait on est complémentaire. Je crois que c’est la grande leçon tirée de nos échanges avant qu’on ne rentre au pays.

Que dit la société civile dans tout cela ?

D’abord, dans ces situations là, la société civile ne pouvait pas parler. Néanmoins elle a fait parvenir des propositions par des personnes interposées et ce avant même qu’on se rencontre. Donc, elle a fait parvenir ses préoccupations qui ont été délivrées comme des questions à travers les membres du comité contre la torture. Mais à la fin, on est parvenu justement à une entente. Je crois qu’ASVITO gagnerait à ne pas se dire que je dois obligatoirement être contre le gouvernement, ça ne sert et ne servira à rien. Tout simplement, il faut se dire que c’est l’intérêt de chacun et de tous qui domine.

Revenons maintenant à l’actualité. Pourquoi une formation des facilitateurs et des médiateurs nationaux ?

C’est un atelier qui fait partie d’une série de trois et un atelier sur la médiation et la facilitation en matière de la gestion des conflits et même prévoir les conflits. Je suis contente que vous en fassiez partie en tant que médias. Non seulement, il y a aussi les chefs traditionnels, des journalistes, des responsables des organisations de la société civile, et des institutions notamment la CNDH, etc. C’est tout simplement que chacun, à son niveau, soit formé et puisse avoir tous les éléments pour être vraiment médiateur dans son milieu et d’essayer de faire porter le message de paix sociale, un message d’un élément tolèrent, et d’expliquer, parce que certaines personnes ne comprennent pas. Elles croient que c’est en rouspétant, en criant, en hurlant, en insultant à tort qu’on dira que tout va ; au contraire c’est des ateliers qui vont permettre à chacun de comprendre que moi-aussi, en tant qu’élément, je peux être porteur d’une paix, je peux travailler pour mon pays, je porte le message de tolérance, de la paix. Et surtout en période préélectorale, électorale et postélectorale, c’est très important.

En dehors de cet atelier de Lomé, il y aura ceux de Notsè et de Kara. Quelle suite donc après lesdits ateliers ?

Après ces formations là, c’est en 2013, nous allons faire un suivi en 2013 au niveau des bénéficiaires pour voir comment le message a été transmis à l’environnement immédiat et lointain. Et voir s’il y a des blocages dans la mise en œuvre au cas échéant comment faire pour les surpasser. Pour les étapes de Notsè, c’est pour la région des plateaux, tandis que celle de Kara est pour les régions centrales, de la Kara et des savanes. Le contenu demeure le même, mais, c’est les acteurs qui changent.
Propos recueillis par Gabin KOISSIDJIN