Droits de l’homme Journée internationale des Droits de l’Homme / Interview de Me Yaovi Dégli

« On a l’impression que seuls les droits des riches peuvent être défendus par les néo défenseurs »

Publié le mardi 11 décembre 2012, par

Le 10 décembre de chaque année, est célébrée de part le monde, la journée mondiale de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. A cet effet, la rédactions du quotidien privé « Forum de la Semaine » a approché Me Jean Yaovi Dégli, avocat et défenseur des Droits de l’Homme pour en savoir plus sur cette journée. Il a été tour à tour, Vice-président de l’ATLP (Association Togolaise pour la Liberté de la Presse), membre de la LTDH (Ligue Togolaise des Droits de l’Homme), Président de l’ATLT (Association Togolaise de Lutte contre la Torture), SG du CATR (Comité d’Action contre la Torture et le Racisme) et SGA de l’APED (Association pour la Promotion de l’Etat de Droit), et premier responsable du FRONTSAGE. Dans cette interview qu’il nous accordée, Me Jean Dégli, est revenu sur les origines ou encore l’historique de la « Déclaration universelle des Droits de l’Homme », les tenants et les aboutissants, le bilan de ces 64 ans d’existence et la situation actuelle des Droits de l’Homme dans le monde et au Togo. Il a fustigé le rôle subjectif et mercantile des ODDH au Togo et revenu sur les règles élémentaires de défense des Droits de l’Homme. Il a aussi évoqué les évènements douloureux du 3 décembre 1991, alors même qu’il était ministre dans le gouvernement de la transition de Me Joseph Kokou Koffigoh, sans passer sous silence la fin du mandat des députes de l’Assemblée nationale togolaise qui fait actuellement du débat au sein de la classe politique togolaise… Lisez plutôt.

Le 10 décembre est célébrée la journée de la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ».Vous, en tant que défenseur des Droits de l’Homme, parlez-nous de ce qu’on entend par « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » et dites-nous dans quel contexte ce concept est né ?

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est considérée comme l’acte fondateur moderne des Droits de l’Homme dans le monde entier. Je dis bien « moderne » parce qu’avant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui date de 1948, il y a avait la Magna Carta (ou Grande Charte) qui date de 1215, la Bill of Rights des Anglais qui date de 1689 et la Bill of Rights américaine ou Déclaration Américaine des Droits qui date de 1791 (il s’agit des 10 premiers amendements de la Constitution Américaine) qui, tous sont des documents fondamentaux en matière de droits humains. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a cependant un grand avantage sur ces autres documents. Elle est à la fois plus exhaustive et plus large puisqu’elle a été acceptée dès l’origine par plusieurs pays puisque, ayant été adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Aujourd’hui, cette Déclaration est donc un document commun à tous les pays des Nations Unies. C’est donc vraiment une Déclaration Universelle. En fait, pour parler du contexte, il faut rappeler deux choses : l’Europe avait connu deux grandes guerres : la première guerre mondiale et la deuxième guerre mondiale qui, tout en étant qualifiée de mondiale, sont d’abord et avant tout des guerres européennes dans leurs origines et dans le déroulement de la plus grande partie des combats ou des opérations. Ces deux grandes guerres ont entraîné des atrocités les plus inimaginables, notamment pour la deuxième guerre mondiale qui a provoqué les pires massacres et violations des droits humains que le 20ème siècle ait connues à ces débuts. Après la deuxième guerre, il y avait une grande volonté de faire enfin respecter d’une meilleure manière les droits individuels et collectifs de l’homme. Certaines voix ont commencé à s’élever très fortement dans ce sens, parmi lesquelles celle de celui qui sera le rédacteur du texte, c’est-à-dire le Français René CASSIN, mais aussi d’autres voix célèbres.

L’Organisation des Nations unies (ONU) qui a été créée en 1945, dans un contexte marqué par les crimes de cette seconde guerre mondiale et les violations des libertés fondamentales a justement entendu ces cris et essayé de traduire cette réalité dans sa Charte signée le 26 juin 1945 par l’énoncé d’un certain nombre de droits. A ce titre justement, les États signataires ont affirmé dans le préambule de la Charte, leur foi « dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes » et leur volonté de « préserver les nations futures du fléau de la guerre ». Ils ont également affirmé que les peuples qui composent l’ONU souhaitent « créer les conditions nécessaires au maintien de la justice (…), favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande ». Dans le corps du texte lui-même, l’article 1er de la Charte vise la coopération internationale « en résolvant les problèmes internationaux (…), en développant et en encourageant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion ». L’article 55 dispose aussi que les Nations Unies favorisent « le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion ».

Toutefois, la Charte des Nations Unies dont le rôle fondamental et primordial est d’aider à garantir la paix dans le monde ne peut pas se mettre à codifier de façon assez large les droits humains. Ce n’est pas son rôle, et son cadre ne sied pas à ce genre de codification, ou d’énumération. Il était donc nécessaire et utile de rédiger un document qui serait uniquement consacré aux droits fondamentaux de l’homme et pourquoi pas aux droits de l’homme tout court tels qu’on les comprenait avec l’évolution de l’époque. C’est ce rôle que va jouer la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui sera adoptée à Paris le 10 décembre 1948. Elle est un énoncé des principaux droits fondamentaux de l’Homme et intègre l’essentiel des droits même s’il ne contient pas toute la panoplie des droits de l’homme tels qu’on les entend aujourd’hui. Il est indispensable de préciser qu’au départ, étant uniquement une Déclaration de l’Assemblée Générale des Nations Unies et non une Résolution du Conseil de Sécurité ni un traité international signé et ratifié par les Etats, ce texte de proclamation des grands principes n’avait qu’une valeur morale. Elle n’était pas contraignante pour les Etats qui pouvaient l’ignorer. C’est pour cette raison que, désireux d’éviter que les beaux principes édictés par la Déclaration Universelle des droits de l’Homme restent lettre morte et pour assurer plus efficacement le respect des droits et libertés fondamentaux sur les plans interne et international, il a été décidé de prendre base sur la Déclaration pour adopter des textes ayant valeur juridique et contraignante. Ce sera l’objet des deux Pactes adoptés le 16 décembre 1966 qui reprennent en détails l’ensemble des droits et libertés proclamés par la Déclaration de 1948. Le premier Pacte est relatif aux droits civils et politiques tandis que le second se réfère aux droits économiques et sociaux. Mais au fil des années, la Déclaration va acquérir une valeur telle que la Commission des Nations Unies sur les Droits de l’Homme, le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies qui est le Tribunal onusien des Droits de l’Homme et diverses autres institutions internationales des droits de l’Homme vont commencer à s’y référer dans des décisions et autres résolutions ou documents pour exiger l’application de ses dispositions. Cette situation fera que la Déclaration Universelle qui a progressivement acquis une très grande valeur est aujourd’hui dotée d’une force qui dépasse son autorité morale de début et la place dans une situation de véritable norme ou source de droit en matière de droits humains. C’est ainsi qu’on la voit de plus en plus citée directement dans des décisions de justice ou intégrées dans des constitutions comme celle de notre pays (voir article 501). La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont nous allons fêter (nous fêtons : NDLR) le 10 Décembre 2012 le 64ème anniversaire est donc un acte très important en matière de reconnaissance de la même Dignité humaine pour tous les Hommes et pour les droits humains. C’est le premier document à proclamer universellement que tous les Êtres humains sont égaux en Dignité et en droit.

10 Décembre 1948 – 10 Décembre 2012 : 64 ans après cette déclaration, quelle est la situation des Droits de l’Homme dans le monde ?

La situation des droits de l’Homme est toujours mauvaise dans le monde malgré les avancées. Plusieurs violations existent encore et surtout demeurent impunies. Aussi bien en ce qui concerne les droits fondamentaux qui sont contenus dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme tels que droit à la vie ; le droit à l’intégrité physique ; le droit de ne pas être soumis à la torture et aux traitements cruels, inhumains et dégradants ; le droit à certaines libertés ; le droit à la propriété ; le droit à une justice équitable ; l’égalité devant la loi, etc. que les droits de la nouvelle génération comme le droit à un environnement sain, le droit à un travail décent, à un certain niveau de vie et de revenu, etc. sont constamment violés tant dans les pays en développement que dans les pays développés. Bien sûr, tout ceci se fait à des degrés divers et ce qui se passe comme violations des droits humains dans les pays en développement et surtout les pays sans Etat de droit n’est pas ce qui se passe dans les pays développés où les violations sont différentes et souvent plus subtiles. Quel que soit l’endroit où on se trouve, on remarque quand même que les violations des droits humains sont encore récurrentes. La situation de guerre ou de contestations des pouvoirs au Maghreb et dans le monde arabo-musulmans, les conflits et le terrorisme liés aux religions avec leurs vagues de répressions n’ont fait que les aggraver ces derniers temps.

Aujourd’hui, est-ce qu’il y a des pays qu’on peut qualifier de « bons élèves » en matière de respect des Droits de l’Homme et d’autres qu’on peut qualifier de « mauvais élèves » en matière de violation des Droits de l’Homme ?

Bien évidemment, il y a des bons et des mauvais élèves parmi les Nations lorsqu’on parle de droits de l’Homme. Vous prenez un Ghana qui s’apprête encore à faire ses élections dans la sérénité et on peut parle de bon élève en matière d’Etat de droit de démocratie et des droits de l’Homme et vous prenez à l’autre extrême dans le même continent le Zimbabwe ou la Région des Grands Lacs et vous expérimentez des cas de mauvais élèves en matière de respect des droit humains.

Aujourd’hui peut-on dire que le Togo a progressé ou a reculé en matière de respect ou de violation des droits de l’homme ?

Si nous nous basons sur ce qui se passait sous le régime Eyadèma dans les années 70, 80 et 90, on dira qu’il y a eu améliorations et donc progrès. Mais si nous partons de la situation de la sous-région et si nous nous plaçons aussi du point de vue des efforts qui ont été faits par le Togo entre 2006 et 2010, il y a eu un net recul. Les massacres de 2005 avaient parqué un paroxysme dans les violations des droits humains au Togo et le fait que notre pays ait été décrié mais aussi que les nouveaux dirigeants d’alors cherchaient l’onction internationale nous a ramené à des comportements plus orthodoxes en matière de respect des droits humains. Depuis 2010, il y a encore un relâchement et on est en train de se laisser aller. Dans tous les cas, nous sommes toujours en retard en matière de respect des droits humains et de l’Etat de droit. Nous avons encore un long chemin à faire pour figurer parmi les nations qui méritent respect dans ce domaine. Ce que la situation qui a prévalu de 2006 à 2010 nous montre c’est que si la volonté politique y est de tous les côtés, nous y arriverons. A défaut, nous resterons encore parmi les brebis galeuses pendant un certain temps.

Au Togo, on reproche souvent aux ODDH de défendre ongles et bec la cause des plus nantis tout en laissant sur le carreau les démunis même si leurs Droits sont violés. Quel regard portez-vous sur ce jugement ?

Je suis entièrement d’accord avec vous. Mais la situation n’a pas toujours été ainsi puisqu’au moment où nous avions initié la création des organisations des Droits de l’Homme au début des années 1990, les droits de l’Homme ne se défendaient ni à la carte ni « à la tête du client » parce que le travail de défense des droits de l’Homme qui est par excellence bénévole, n’était pas du tout un gagne pain pour nous.

Malheureusement, depuis quelques temps, on a l’impression que seuls les droits des riches peuvent être défendus par les néo défenseurs et organisations des droits de l’Homme. Et la violation des droits des pauvres n’a également pas de résonnance dans la presse en ce qui concerne sa dénonciation. Plus vous distribuez de l’argent ou plus vous pouvez payer et plus on fera du bruit autour de la violation de vos droits. On sera même capable de créer pour vous des droits spéciaux si vous donnez beaucoup d’argent. C’est un travail de défense des droits de l’Homme au plus offrant. Journalistes et défenseurs des droits humains font un travail à la tête du client et au plus offrant. Si on ne trouve pas de droits violés ou s’il n’y en a pas assez, on vous en créera. C’est un peu le cas, lorsque des gens ont affirmé que les droits de l’ancien ministre de l’administration territoriale, Monsieur Pascal Bodjona étaient violés du simple fait que plusieurs gendarmes s’étaient rendus chez lui le jour de son arrestation, ce qui complètement ridicule sur le plan des droits de l’homme. Les droits de Monsieur Bodjona auraient été effectivement violés et j’aurais personnellement été le premier à dénoncer cela, si les agents qui avaient été l’arrêter, l’avaient molesté, violenté, torturé ou à la limite même injurié. Cela aurait constitué des traitements cruels, inhumains et/ou dégradants. Le seul fait d’aller à plusieurs arrêter une personne n’est nulle part une violation des droits humains. Ceux qui ont créé cette violation ne sont même pas capables de nous dire quel droit précis a été ainsi violé. Malheureusement, le travail crédible et impartial qui doit être fait par défenseurs des droits humains et journalistes a cédé le pas au gain facile et à ses conséquences sur les jugements et appréciation des faits entraînant ainsi un manque absolu de neutralité et d’impartialité sur ce point. Combien sont encore dans nos prisons après avoir purgé leurs peines ? Combien de pauvres gars sont en train de croupir injustement dans les geôles togolaises et en violation de leurs droits ? Personne ne s’en occupe et surtout les défenseurs des droits humains à la tête des organisations que nous avons en place dans ce domaine et les autres membres de ces organisations ne font rien pour les aider parce que ce sont des pauvres. Au contraire, dès que quelqu’un est en mesure de donner de l’argent non seulement on essaye de faire le travail de défenseur des droits humains mais en plus on en fait trop au point de donner dans le folklore parce que les espèces sonnantes et trébuchantes enivrent les acteurs. Puisqu’il faut justifier l’argent qu’on a pris, on est prêt à tout, au risque d’enlever tout crédit à un combat pourtant des plus nobles. Or, notre travail de défense des droits humains ne se fait ni à la carte, ni à la tête du client, ni contre quelque rémunération que ce soit. Le travail de défense des droits humains est un travail bénévole. Je n’ai personnellement jamais pris un rond et n’ai jamais entendu que les vrais défenseurs des droits humains que j’ai connus de par le monde aient pris un rond pour défendre les droits violés d’une personne, d’un groupe de personnes ou d’un peuple.

Ici au Togo, les choses ont désormais changé. On crée une organisation des droits humains comme un fonds de commerce pour avoir de l’argent et on dénonce les violations des droits lorsqu’on est payé pour ou qu’on est avocat de la personne. Certains de ces prétendus défenseurs des droits de l’Homme sont d’ailleurs spécialisés dans l’organisation de manifestation pour la dénonciation de violations des droits de l’Homme. Souvent, ils approchent eux-mêmes les victimes présumés leur proposent de donner telle somme pour leur organiser le travail. Mais la plupart du temps, ils n’informent pas les vrais défenseurs des droits de l’Homme qui tombent ainsi naïvement dans le panneau. Cette situation est grave.

Nos organisations des droits humains ont perdu ou sont ainsi progressivement en train de perdre toute crédibilité.
Dernièrement, face à cette dangereuse dérive qui pousse des présidents d’organisations des droits humains à se faire rémunérer pour s’ériger avec leurs organisations et surtout au nom de celles-ci en défenseurs des droits de leurs « clients », j’ai dû personnellement interpeler le président de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) pour lui faire comprendre que lorsqu’on prend de l’argent chez un justiciable à titre d’honoraires et qu’on joue ainsi le rôle de son avocat, on ne peut plus prétendre défendre ses droits en tant que défenseur des droits de l’Homme et on n’a pas le droit d’impliquer l’organisation que l’on dirige dans une telle aventure. Un avocat qui a été payé par une personne n’est pas dans le rôle de défenseur des droits de l’Homme par rapport à ce Client. Il est l’avocat de cette personne et pas plus. Et pire, il n’a pas le droit d’engager l’organisation qu’il dirige dans ce travail. Cette situation est contre notre éthique en matière des droits de l’homme. Lorsque vous intervenez comme défenseur des droits de l’Homme pour une victime, vous n’êtes pas son avocat au sens de conseil. Vous devez même être complètement indépendant de cette personne puisque c’est ce qui vous permettra de faire le travail de défense des droits humains avec toutes les qualités et règles éthiques que cela exige.

Je répète encore pour la énième fois que la défense des droits de l’homme se fait bénévolement. C’est ce qui nous permet d’être indépendants et impartiaux aussi bien vis-à-vis de la victime que du violateur des droits et d’apprécier les faits de façon froide et objective. A partir du moment où vous avez pris de l’argent chez la victime, vous ne pouvez pas avoir la hauteur et la distance nécessaire pour apprécier la situation de violation ou de non violation de façon neutre et objective. Vous devenez un débiteur et vous travaillez pour un client et pas pour la cause des droits de l’Homme. Les droits de l’homme ne se font pas de façon alimentaire et dès lors que l’on devient défenseur des droits humains alimentaire ou intéressé, on perd complètement ce qui fait la noblesse de ce métier, c’est-à-dire l’impartialité, l’indépendance et l’objectivité. Le seul bénéfice qu’un défenseur des droits humains tire de la défense d’un cas ou d’une cause est la satisfaction morale d’avoir accompli son travail, la reconnaissance de ses autres camarades défenseurs des droits de l’Homme et quelques fois la gratitude de la victime dont les droits ont été ainsi défendus. C’est cette éthique qui m’a par exemple personnellement permis, alors que je suis avocat de l’Emirati Abbas Al Yousef, de pouvoir réclamer que les biens de l’épouse et du frère d’Agba Bertin qui ont été saisis leur soient restitués parce qu’ils n’ont aucune responsabilité pénale dans cette affaire où seul AGBA Bertin est poursuivie, cette responsabilité étant individuelle. C’est également ce qui m’a permis de continuer de dire que la libération Monsieur AGBA ayant été ordonnée par la justice, dans le respect absolu de la loi et des décisions de justice, il faudra que l’intéressé soit libéré. La cause des droits de l’Homme va ici au-delà de la personne de mon Client et peu importe que je ne sois las le Conseil de Monsieur AGBA. Partout où les droits humains sont violés, quelle que soit la victime et sa fortune, le vrai défenseur des droits de l’Homme qui a les moyens d’intervenir le fait. Toute cette situation d’imbroglio et de mélange des genres que connaît aujourd’hui le Togo est due au fait que tout dans notre pays tout est devenu question d’argent. Chacun veut en gagner à tous prix et par tous moyens mais sans faire des efforts et surtout sans travailler. On ne jure plus au Togo que par l’argent et les biens matériels. Aucune autre valeur, aucune morale n’existent plus et l’éducation du peuple étant bafouée, nous allons dans ce domaine de dérive en dérive. En plus, ce genres de défenseurs et de militants cosmétiques des droits de l’Homme vendeurs de chimères qui ont fait perdre sur le plan international toute crédibilité aux organisations et défenseurs des droits humains de notre pays en travaillant sciemment en ce sens pour le régime en place se sont érigés en maîtres et dieux en trompant le peuple peu éclairé pour savoir que ce sont des gens qui se sont installés dans un double jeu dans lequel ils crient le jour contre le régime et vont rendre compte le soir au même régime de tout ce que « complote » ou raconte l’opposition et les vrais défenseurs des droits de l’homme. Ils tirent ainsi leur pitance quotidienne dans la « merde » de la trahison de la noble cause défense des droits humains. Malheureusement, ce sont ces genres de personnes, de défenseurs de droits de l’Homme et de politicien de pacotille qui ont voit au chapitre dans un pays où le Peuple n’a plus de Repère, ou de Modèle. Tout ce qui brille au Togo étant or pour une bonne partie du Peuple, on a tout loisir de mener nos concitoyens qui ont abdiqué toute capacité de réflexions et d’analyse en bateau. Les Togolais doivent repenser beaucoup de choses et surtout cesser d’être de feu pour les menteurs et les vendeurs de chimères et de glace pour ceux qui veulent de façon authentique prendre leur défense. Aujourd’hui, la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme dont nous avons réussi à faire en Afrique et dans le Monde l’un des fleurons de la défense des droits humains avec le Prix International de l’Edit de Nantes en 1993 n’est que l’ombre d’elle-même. Elle n’est même plus considérée au niveau des organisations internationales des droits humains dont la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) parce qu’elle s’est complètement discréditée aux yeux de ces institutions et est devenue l’ombre d’elle-même dans une sorte de « one man show » quotidien. Et on a de plus en plus l’impression que ceux qui ont fourni de faux rapports sur les massacres de 2005, faux rapports qui ont fait que la FIDH et d’autres organisations internationales se méfient de la LTDH, font tout pour définitivement enterrer cette noble organisation qui a été le fer de lance de la lutte pour l’Etat de droit au Togo. En tant qu’ancien président exécutif et aujourd’hui président d’honneur de cette Ligue, je dis qu’il est temps d’arrêter la dérive et de revenir à des méthodes orthodoxes de défense des droits humains qui redorent le blason de nos associations et défenseurs des droits de l’Homme sur le plan national, face au régime en place qu’une telle situation conforte dans le non respect des droits humains et sur le plan international.

Le 3 décembre dernier, cela fait 21 ans qu’un coup a été porté à la jeune démocratie naissante au Togo avec l’attaque de la primature par les militaires du régime RPT. Quel souvenir gardez-vous de cette date ?

Un souvenir amer et douloureux. Un triste souvenir puisqu’une fois encore et à cette occasion, comme en 1963 avec le premier coup d’Etat sanglant ou le premier assassinat politique en Afrique, le Togo va donner le mauvais exemple de premier pays africain à s’être attaqué avec des armes à un gouvernement de transition et à avoir versé le sang ce faisant. Après nous et prenant l’exemple sur nous, d’autres pays vont suivre et renverser des institutions de transition ou issues d’une transition démocratique. Je sens encore aujourd’hui les douleurs de ces coups de canons qui tonnaient sur le Palais des Gouverneurs qui servait de primature et sur le Premier Ministre Joseph Kokou Koffigoh qui y était. J’ai encore en mémoire les événements comme si c’était hier et je reste profondément attristé pour la terre de nos Aïeux. Je voudrais, une fois encore, profiter de cette occasion et de votre tribune pour dire mes condoléances aux familles éplorées, surtout celles du Capitaine Epou, du soldat Amao, en rappelant combien la « terre de nos Aïeux » leur est redevable et doit se souvenir d’eux en même temps que de tous les martyrs de cette démocratie qui tarde à naître véritablement.

Le 11 novembre dernier, le mandant des députés de l’Assemblée nationale togolaise est arrivé à son terme. Or, la Constitution togolaise à son article 52 stipule que « les membres de l’Assemblée nationale et du Sénat sortants, par fin de mandat ou dissolution, restent en fonction jusqu’à la prise de fonction effective de leurs successeurs ». Du coup, une polémique est née de cette situation au sein de la classe politique togolaise. Peut-on dire aujourd’hui que les députés sont légalement en fonction ?

Que dit la Constitution ? Il faut rester légaliste et suivre ce que dit la Constitution. Nous qui demandons que le l’Etat de droit devienne une réalité au Togo et la loi soit respectée devons être les premiers à respecter les textes. Si notre Constitution dit que les députés sortant restent en fonction jusqu’à ce que les nouveaux députés élus prennent fonction, il faut considérer que les nouvelles élections législatives n’ayant pas encore eu lieu et les nouveaux députés n’étant pas encore élus, ceux sortant son en fonction. Si la Constitution dit le contraire, alors il faut considérer que ces députés sortant ne sont plus en fonction et qu’il y a donc un vide institutionnel de ce côté. Or, en lisant ce que vous-même vous avez indiqué dans cette question relativement à l’article 52 et si je jette un coup d’œil sur notre Constitution, il me semble que l’on ne peut pas donner une autre interprétation à ce texte qui est, du reste assez clair, que celui qui veut que les députés sortants actuels soient en fonction. Notre classe politique doit être conséquente avec elle-même et savoir que l’on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la boulangère. Ou l’opposition togolaise veut que l’ancien parlement ne soit plus en fonction et alors il faut trouver des accords assez rapidement pour aller aux élections et avoir de nouveaux députés. Ou on tarde à aller aux élections et dans ce cas, c’est l’ancienne assemblée qui continuera de siéger et de faire le travail dévolu au pouvoir législatif pendant la période intérimaire. Il faut faire un choix. Il faut cesser de s’amuser avec l’avenir de ce pays. Que ceux qui nous gouvernent et ceux qui cherchent à les remplacer sachent qu’on ne peut ainsi continuer de s’amuser indéfiniment avec le feu et le sort des millions de Togolais. Il est grand temps de s’intéresser à l’intérêt et au Bien Être des Togolais et de la Terre de nos Aïeux en sortant de ces jeux qui retardent ce pays. Dans tous les cas, chacun doit garder à l’esprit qu’à force de chercher ce que l’on ne peut pas trouver, on finit par trouver ce que l’on ne cherche pas. On peut tromper un peuple pendant un moment, tromper une partie du peuple tout le temps, mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps. Ce Peuple ne restera pas silencieux tout le temps. Il peut, comme au début des années 90, sortir encore les griffes un jour. Les politiciens doivent donc essayer d’avoir un minimum de respect pour leurs concitoyens. A défaut, ils devront rendre compte au Peuple et à l’histoire. Merci.

Interview réalisée par
Ayi Atayi